Skip to Content.
Sympa Menu

athena - [ATHENA] Colloque "Technique et religion" - Appel à communication (30 novembre 2019)

athena AT services.cnrs.fr

Subject: Histoire des techniques

List archive

[ATHENA] Colloque "Technique et religion" - Appel à communication (30 novembre 2019)


Chronological Thread 
  • From: "Liliane PEREZ" <liliane.perez AT wanadoo.fr>
  • Subject: [ATHENA] Colloque "Technique et religion" - Appel à communication (30 novembre 2019)

Cher.e.s collègues
Vous trouverez ci-dessous le rappel de l’appel à communication pour le
colloque international « Technique et religion :
cultures techniques, croyances, circulations de l’Antiquité à nos jours » qui
se tiendra à Paris, 14-15 septembre 2020.

Appel à communication (30 novembre 2019)

Ce colloque a pour but de faire une place spécifique à la réflexion sur les
relations entre technique et religion. L’histoire des sciences sociales a
réservé, jusqu’à une époque récente, une place relativement marginale à la
technique comme sphère d’activité humaine, privilégiant comme objet d’étude
les domaines où se manifeste la cohérence d’une conscience collective,
notamment la pratique religieuse. Un partage s’est fait entre la primauté que
la sociologie naissante accordait au fait religieux comme phénomène social de
base (Émile Durkheim) et les pratiques instrumentales, dès lors circonscrites
au domaine infra-social de la subsistance organique individuelle. Technique et
religion, deux formes fondamentales de découverte et de constitution de
l’expérience, ont ainsi donné lieu dans les sciences sociales à des « intérêts
de connaissance » divergents qui ont historiquement commandé la sélection et
la formulation des objets de connaissance. Pourtant, l’histoire des techniques
et celle des religions n’ont jamais cessé d’interagir, souvent de manière
conflictuelle.
Les interférences entre techniques et religions appartiennent d’une part, à
l’histoire de la pensée, des dogmes et de leurs interprétations. D’un côté, se
tient par exemple le modèle d’Alfred Espinas, soit la laïcisation progressive
des techniques marquant selon lui la discontinuité entre l’époque archaïque et
l’époque classique. Dans ce schéma, la période « physico-théologique », qui
s’étend du VIIIe au Ve siècle av. J.-C., est caractérisée par l’emprise du
sentiment religieux sur l’agir artisanal. Les techniques sont conçues comme
des dons divins et leur transmission est fondée exclusivement sur l’imitation
et la tradition. La période de l’organon, qui s’étend du Ve au IVe siècle av.
J.-C. est, quant à elle, caractérisée par la différenciation croissante des
métiers et la sécularisation des pratiques. Ce schéma, qui repose sur une
utilisation contestable des sources, a été repris par Vernant. Il est temps de
le problématiser et de l’ouvrir. Autre exemple : le mouvement de
sécularisation des religions et de désacralisation de la nature, associé aux
monothéismes, eux-mêmes perçus comme les leviers de la connaissance, de
l’exploitation de la nature et éventuellement, de la recherche du profit, dès
le Moyen Âge ou à l’âge de la Réforme, selon les auteurs. La technique
participe étroitement de ces raisonnements mais elle en a aussi été
autonomisée. Dès le XIXe siècle, le culte du progrès et de l’industrie, bien
étudié et de manière renouvelée, trace la voie d’une eschatologie laïcisée que
certains penseurs au tournant du XXe siècle ont pu amplifier par leurs espoirs
en l’avènement du socialisme et d’une société du travail émancipateur. Les
analyses critiques et distanciées au XXe siècle, qu’il s’agisse de Lynn White,
David Noble, Pierre Musso, mettent en avant la valeur dogmatique de la
sacralisation du progrès et l’effet d’aveuglement qu’il suscite. Ces approches
sont actuellement traversées par plusieurs types de questionnements. Comment
la philosophie des techniques analyse-t-elle ces glissements entre la religion
et la technique ? Doit-on suivre Gilbert Simondon et sa définition de
l’universalisme, en tant que réalité « primitive » partagée, la technique
étant à ce titre « encore plus primitive que la religion », car originelle,
consubstantielle de la vie ? Qu’en est-il pour les anthropologues ? Un autre
ensemble de questions concerne les usages actuels des théorisations du lien
entre technique et religion. La « Needham question » faisait de la religion un
argument clé visant à expliquer le soi-disant repli de la Chine après la
période faste des Song. Le thème, absent de la démonstration de Kenneth
Pomeranz, tout comme les techniques, est de nouveau mis au jour par des
historiens soucieux d’élargir la focale de la Grande Divergence. Non sans
débat. Peut-on adopter des perspectives macro-historiques et des
généralisations pour traiter des interférences entre technique et religion ?
Peut-on comparer des systèmes religieux, des cosmogonies ou même des
constructions temporelles à l’échelle de la planète ? Enfin, qu’entend-on par
religion et par technique ? Ne doit-on pas plutôt évoquer des cosmogonies, des
représentations de l’univers, de sa construction et de son équilibre et ne
devrait-on pas déconnecter les techniques d’une acception économique
(économiste) qui les associe à la recherche d’avantages concurrentiels et de
profit, des notions très éloignées des attentes placées dans « l’action
efficace » dans bien des civilisations ?
Ceci nous conduit à un deuxième volet de la réflexion : les interférences
entre technique et religion dans les mondes de la pratique. La dimension
matérielle de la place des techniques dans les religions est au cœur de bien
des travaux actuels qui, loin de se placer à un niveau de généralité comme
cela a souvent été le cas, revendiquent un point de vue anthropologique et
ethnologique (rites, magie, cérémonies, artisanat conventuel, etc.). Alors que
l’univers religieux est souvent considéré à la lumière de la seule
spiritualité, par exemple chez les lettrés en Europe après la Réforme, bien
des études relèvent d’une part la spiritualité des techniques, et de l’autre
l’importance des objets, des gestes, des techniques et même, de leur
codification dans l’exercice religieux. Ces rapports passent aussi par des
images et de spectacles, comme c’est le cas dans le christianisme à l’époque
moderne. Les artefacts techniques peuvent représenter des idées religieuses et
inversement, l’imagerie religieuse peut représenter des techniques et des
instruments. Une différence avec les grands récits et les théorisations tient
aux sources. Quelles archives, objets, images pour cette histoire matérielle
des religions et des techniques ? Quel outillage conceptuel et quelles
méthodes d’analyse sont mises en place à la croisée de l’histoire des
techniques et des sciences sociales ? Ces approches peuvent-elles renouveler
les généralisations à l’échelle globale, par une analyse localisée comme cela
se dessine à propos des temples bouddhiques en Chine ? Peuvent-elles aussi
permettre de rouvrir la question des cosmogonies de manière plus concrètes ?
En ce sens, quelle place faire à la magie et selon quelles définitions, si
l’on veut pouvoir l’analyser dans une perspective comparative ? Enfin, se
pose la question des circulations interculturelles des rites et des artefacts,
les dynamiques d’emprunts et les interactions entre circulations religieuses
et techniques. Le thème est vaste et interroge également les rapports des
communautés religieuses à la technique, qu’il s’agisse d’assignations
traditionnelles (y compris la négation du rapport aux techniques), de leur
mise en cause, de revendications communautaires passant par les techniques, ou
encore du rôle de passeurs, tels les jésuites (et leurs convertis), en Asie et
en Amérique du Sud, et de bien d’autres intermédiaires moins visibles, que
l’on commence à identifier.
Pour répondre à ces pistes de recherche, le choix a été fait de ne pas
restreindre le sujet à une religion, un espace ou une période déterminées. Au
contraire, les religions et aires culturelles seront abordées dans leur
diversité afin de favoriser une conceptualisation inclusive des rapports entre
techniques et religions, ainsi qu’une attention aux évolutions et aux
circulations à l’œuvre dans le temps et dans l’espace. Il reviendra aux
contributeurs de définir les cadres et limites de ces rapports, tout en
mettant en évidence les caractères propres aux religions, spiritualités, ou
techniques qui seront étudiées, afin de nourrir une réflexion collective sur
ces interactions et ne pas imposer de conception a priori de leur nature ou de
leurs formes. Enfin, si le colloque fonde sa démarche sur une approche
historique, cet appel est ouvert à des contributions mobilisant des approches
disciplinaires diverses (anthropologie, ethnologie, sociologie, philosophie,
géographie, économie).

Les propositions de communications doivent parvenir pour le 30 novembre 2019
à : liliane.perez AT wanadoo.fr
Il convient de joindre : le titre de la communication, le résumé et un CV.
Langues conseillées : anglais et français.


Comité d’organisation : Guillaume Carnino (Univ. de Technologie de Compiègne/
COSTECH), Liliane Hilaire-Pérez (Univ. de Paris/ICT-EHESS/CAK), Leopoldo
Iribarren (EHESS/ANHIMA), Chuan-Hui Mau (Univ. Tsing Hua, Taïwan/ICT), Evelyne
Oliel-Grausz (Univ. Paris1/IHMC), Sébastien Pautet (Univ. de Paris/ICT)
Comité scientifique : Alain Arrault (EFEO), Gianenrico Bernasconi (Univ. de
Neuchâtel), Cléo Carastro (EHESS/ANHIMA), Charlotte de Castelnau (Univ. de
Paris/ICT), Philip Cho (Yonsei University, Underwood International College),
Ludovic Coupaye (University College, Londres), Karel Davids (Vrije
Universiteit Amsterdam), Pierre-Antoine Fabre (EHESS/CeSoR), Hélène Joubert
(Unité patrimoniale des collections Afrique, Département du patrimoine et des
collections, Musée du Quai Branly-Jacques Chirac), Pierre Musso (Université
Rennes/LAS), Perig Pitrou (CNRS/LAS), Patrick O’Brien (LSE), Olivier Raveux
(CNRS/TELEMME), Catherine Verna (Univ. Paris 8/ARSCAN).




Archive powered by MHonArc 2.6.18.

Top of Page